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VersaillesGate en perspective… (suite)

03 Fév

VersaillesGate

En repenti, l’homme qui a introduit la pollution visuelle du symbole d’excellence de Versailles en y imposant le parasitisme des sex toys de Koons et l’art new-yorkais de dérision dans les Grands Appartements Royaux, l’homme des conférences de presse tapageuses et du double langage, Jean-Jacques Aillagon, désormais congédié se confie en tapinois à la Tribune de l’Art. Il dit vouloir sortir de l’ambiguïté et prendre position sur le projet de PLU de Versailles, notamment pour « éteindre progressivement toutes les concessions parasites qui, véritablement, polluent ce domaine ». On vous laisse deviner ce qui a pu le faire changer à ce point ?

La Tribune de l'Art

Jean-Jacques Aillagon prend position sur le projet de PLU de Versailles

Ayant eu l’occasion de discuter avec Jean-Jacques Aillagon du projet de PLU de la ville de Versailles, et sa position par rapport à ce sujet nous semblant particulièrement intéressante, nous lui avons posé deux questions auxquelles il a bien voulu répondre.

Jean-Jacques AillagonVous aviez milité, il y a peu, pour l’installation de Roland-Garros dans le parc de Versailles ; or vous nous avez dit avoir été en réalité opposé à cette idée, pourquoi alors l’avoir défendue ?

Jean-Jacques Aillagon : Mon attachement à la préservation du paysage de Versailles et à la reconstitution de l’unité du domaine national est bien connu. Pendant quatre ans, je n’ai cessé d’alerter le ministère de la Culture sur la nécessité d’appliquer à ces questions toute sa vigilance. C’est pour évaluer les outrages déjà imposés à ce paysage et les risques nouveaux encourus que j’avais d’ailleurs confié à des experts, Marc Desportes, Muriel Pagès et Pierre-André Lablaude, une mission d’observation dont les conclusions ont été communiquées à toutes les parties concernées. Je comprends que, cela étant, on ait pu s’étonner de l’ouverture que j’ai marquée à l’égard de l’hypothèse d’une installation de Roland Garros sur le flanc méridional du domaine national de Versailles. Pour apprécier ce paradoxe, il convient de rappeler plusieurs choses. Tout d’abord, que ce n’est pas le domaine national de Versailles qui s’est porté au-devant de cette hypothèse en prenant l’initiative d’une candidature mais que c’est la Fédération française de tennis (FTT), soutenue en cela par la mairie de Versailles, qui a manifesté son intérêt pour ce site, alors même que j’indiquais au président Gachassin que les contraintes patrimoniales qui s’y appliquaient rendraient la chose très difficile. Cela dit, je réalisais aussi que la mise en œuvre, au moins, d’une étude de cette éventuelle implantation permettrait à tous, à l’Etat, aux collectivités locales, de prendre la mesure de la navrante déshérence du site constitué par les Mortemets et les Matelots. Bien que déjà restitués au domaine national, les Mortemets sont encore perclus de trop de droits d’occupation qui dégradent lourdement son paysage, notamment un champ de tir et les garages et parkings de la société locale de transports en commun. Quant aux Matelots, terrain pourtant classé monument historique, il est encore occupé par des équipements du ministère de la Défense, incongrus, anachroniques et, s’agissant des habitations, d’une remarquable indigence architecturale. On peut d’ailleurs noter que ceux-ci procèdent de droits à construire consentis, hélas, il y a moins de vingt ans par le ministère de la Culture lui-même ! L’hypothèse d’une implantation de Roland Garros supposait naturellement que tous ces désordres fussent recensés, dénoncés et abolis. Le projet d’implantation qui fut réalisé et l’étude d’impact sur le paysage qui l’accompagna conduisirent, bien évidemment, à prescrire à l’installation des équipements et des stades de telles contraintes d’encaissement en-dessous du niveau actuel des sols, de qualité architecturale, de reconstitution des trames historiques, de replantation de rideaux végétaux denses, de régulation des éclairages… que tout cela rendrait la chose bien difficile, très coûteuse et donc peu probable. La démonstration était donc ainsi faite que ce site méritait mieux que sa situation actuelle, qu’il réclamait un sort plus ambitieux, mais qu’un projet qui l’éloignerait trop de sa vocation patrimoniale était difficilement compatible avec les contraintes de la réglementation et du traitement qualitatif du paysage du Versailles.

La révision du PLU qu’a voté la mairie de Versailles prévoit désormais la possibilité de construire sur le terrain des Mortemets, celui des Matelots, celui de la caserne Pion notamment, ainsi que sur Satory. Que pensez-vous de ce projet par rapport à la protection du patrimoine versaillais, notamment du parc dont vous vous êtes toujours montré soucieux ?

Jean-Jacques Aillagon : Ma position est claire : il y a une priorité patrimoniale majeure à accélérer le retour au domaine national de tous les terrains encore affectés à d’autres usagers, notamment les Matelots encore affectés au ministère de la Défense. Son occupation du site, justifiée en d’autres temps, ne l’est plus. Il y a lieu, par ailleurs, d’éteindre progressivement toutes les concessions parasites qui, véritablement, polluent ce domaine. Il conviendrait, à chaque fois qu’il en est question, qu’il ne se trouve pas quelque protecteur public pour défendre une occupation illégitime du point de vue de l’intérêt du patrimoine. On doit, enfin, mettre en œuvre un vaste programme de reconstitution de la trame historique plantée et, cela, selon les prescriptions de l’architecte en chef, approuvées par l’administration des monuments historiques. Ce travail est commencé. Il serait par ailleurs nécessaire de réfléchir au mode de sécurisation de ce site qui englobe la pièce d’eau des Suisses, les Mortemets et les Matelots. Il en va de la protection convenable de ce patrimoine, aujourd’hui ouvert à tous vents. De plus, je suis persuadé qu’il faut réduire de façon draconienne l’emprise des constructions sur ces parcelles. C’est là que je diffère de votre position qui semble exclure le principe même du maintien de toute construction sur le site. La bonne règle serait : aucune construction sur les Mortemets hors celles nécessaires à l’exploitation et à l’animation du site ; une réduction drastique de la surface des constructions sur les Matelots et leur localisation exclusive sur la partie la plus éloignée du château ; des règles de qualité architecturale qui évitent toute pollution visuelle du paysage ; des usages utiles à la vocation culturelle et patrimoniale du site. C’est cet objectif que je n’ai cessé de rappeler au ministère de la Culture et de la Communication, comptable de la protection de ce site classé monument historique et concerné par le classement de Versailles au patrimoine mondial de l’Unesco. Faut-il rappeler que la Ville de Versailles qui n’y est pas chez elle, puisqu’il s’agit d’un domaine national, y exerce, néanmoins, en tant que commune, un pouvoir règlementaire qui ne peut, toutefois, qu’être respectueux de la loi… J’ajouterai qu’il conviendrait que l’action des collectivités locales en vue de la requalification de la plaine de Versailles, au-delà du mur d’enceinte du château et de l’étoile royale, prenne enfin un tour décisif et que, par exemple, la ville de Marly-le-Roi qui y dispose d’un stade entouré d’une haute haie de thuyas bouchant la perspective, prenne enfin la mesure de sa responsabilité patrimoniale.

Propos recueillis par Didier Rykner

Source : La Tribune de l’Art

La mairie de Versailles se prend les pieds dans le SDRIF

Nous avons déjà expliqué ici pourquoi l’argument de la mairie de Versailles faisant du Schéma directeur de la région d’Ile-de-France (SDRIF) un document réellement contraignant n’était pas sérieux.
Nous pouvons désormais prouver définitivement qu’il ne tient pas la route un instant. Pour cela, nous avons reporté le plus précisément possible le tracé des zones urbanisables au SDRIF sur une vue aérienne du Domaine (ill. 1). En voici les conséquences… ( lire la suite sur la Tribune de l’Art )

Vue aérienne de l’ouest du Domaine de Versailles.

Vue aérienne de l’ouest du Domaine de Versailles. En bleu : mur de 1685 très largement préservé. En rouge : mur de clôture de la caserne Pion construit en 1906. En jaune : « espace partiellement urbanisable » d’après le SDRIF. Il s’agit de la partie médiane du secteur de Pion (mais pas de son extrémité) et d’une longue bande de terre dépendant de l’Etablissement public de Versailles (ill. 4). D’après Google Earth

Didier Rykner et Julien Lacaze, lundi 23 janvier 2012
 

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